Yolet Eglise

 

Identification d’un enfeu monumental

 

Une église rurale de dimension modeste

L’église de Yolet est une petite église rurale du Cantal composée d’un volume quadrangulaire auquel s’adosse au Nord deux chapelles et au Sud une chapelle prolongée par une sacristie. Un clocher à base carrée flanque le chevet au Nord.
L’entrée s’effectue par un portail monumental en tiers-point qui alterne gorges et fines colonnettes sur bases prismatiques surmontées de petits chapiteaux à motif végétal. Deux pinacles flanquent l’archivolte. Ces derniers reposent sur deux culots sculptés d’un ange tenant un phylactère. L’archivolte dessine une légère accolade surmontée d’un blason porté par deux anges eux-mêmes surmontés d’une frise de feuilles de vigne. Le portail peut être attribué au 15ème siècle.

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Vue générale de l’église de Yolet
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Portail détail des culots sculptés et des chapiteaux

L’intérieur de l’édifice se divise en deux espaces de largeur sensiblement différente couverts de voûtes d’ogives édifiées en 1874 (ogives et clés en pierres, voûtains en briques et plâtre).
Le chevet est à pans coupés.

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Plan actuel de l’église d’après les archives du STAP 15
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Clé datée de 1874 et extrados d’une voute en brique

Les deux premières travées, plus étroites, sont éclairées au Sud, par deux lancettes. La lancette Est a été pour partie reconstruite. La forme générale de la lancette Ouest amène à penser que le mur gouttereau pourrait remonter à la fin du 12ème siècle.
Sous la tribune flanquant le revers du portail, il est possible d’identifier 4 colonnettes sur console. Trois des chapiteaux sont toujours visibles, le quatrième étant dissimulé dans l’épaisseur du plancher de la tribune. Relativement épurés, les chapiteaux présentent des corbeilles lisses sur lesquelles se détachent respectivement une pomme de pin (ou grappe de raisins ?) ou des feuilles grasses. Les colonnettes sont de section demi-circulaire, les abaques ont les angles rabattus. La travée a pu être couverte d’une voûte d’ogives épaulée par les quatre contreforts visibles à l’extérieur.
Cette partie de l’édifice peut être attribuée aux 12ème et 15ème siècles. Il est à noter qu’une église est mentionnée en 1069, mais aucun élément visible en élévation ne semble remonter à cette époque.

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Chapiteaux visibles sous la tribune état avant restauration

La chapelle Sud, édifiée dans la première moitié du 19ème siècle, est couverte d’une voûte d’arêtes en lattis enduits.

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Chapelle Sud voute d’arête en lattis état avant restauration

Les deux chapelles Nord présentent des éléments d’architectures attribués à un tombeau, pouvant être des éléments de remplois positionnés au droit d’une ancienne porte.

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Vue générale des chapelles Nord Photographie issue du dossier de recensement Jacques Raflin

(Photographie issue du dossier de recensement, Jacques Raflin).}

Une église fortement modifiée

Une lecture attentive de l’édifice permet de remarquer que l’église n’est pas orientée. Les premières travées de l’église correspondent à l’ancien chevet de l’église médiévale dont les quatre colonnettes sur console précédemment décrites marquaient le sanctuaire. La découverte récente d’un lavabo liturgique confirme l’attribution de cette partie de l’édifice à un ancien chevet.

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Lavabo liturgique découvert dans l’ancien chevet médiéval

A noter également la découverte d’une petite porte en plein cintre murée dans le mur nord du chevet (le mur Nord étant un mur aveugle).

Le portail d’entrée actuel correspond à l’ancien portail médiéval démonté et intégré dans l’ancien chevet plat. « Nous recommandons de recueillir avec soin les pierres de l’ancien porche de l’église pour les faire servir à la nouvelle entrée ». Il n’est pas à exclure que certains éléments aient alors été re-sculptés ou modifiés. Une critique d’authenticité du portail serait à faire.
Les murs de l’ancien chevet ont été rehaussés d’environ 1m50 lors de la transformation de l’église au milieu du 19ème siècle. A noter que le sol d’origine (intérieur et extérieur) a été rehaussé de plus d’un mètre.

Le chevet actuel (chevet « moderne ») a subi une reconstruction partielle datant des années 1920-30. Seul l’angle Sud possède un pan coupé, son symétrique au Nord n’étant qu’un mur de briques dissimulant l’angle droit de l’ancienne façade. Les voûtes (ogives, voutains et clé) sont en briques et plâtre recouverts d’un badigeon gris. Au vu des désordres visibles dans les maçonneries, il semble que l’angle Sud-Ouest du chevet moderne se soit effondré ou ait été en partie détruit et reconstruit avec un pan coupé. La reprise de cette partie de l’édifice est peut être à mettre en relation avec la construction des voûtes d’ogives en 1874, ces dernières ne semblant pas avoir été contrebutées par des contreforts. La retaille de la gerbe des voûtes visible au droit du culot précédant le chœur témoigne de la modification du voûtement. La lecture des décors tend également à la même analyse.

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détail d’un des chapiteaux 19è supportant l’arc doubleau ouvrant sur le choeur moderne
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Hypothèse de restitution de l’église avant la reprise du chevet moderne. En grisé les hypothèses de restitution

Les combles de l’église conservent également les traces des différentes modifications ayant affecté l’édifice.
Au revers de la façade Est (chevet médiéval), il est possible de remarquer un décor de badigeon blanc esquissant le profil d’une ancienne voûte en bois présentant un profil d’arc en anse-de-panier.

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Vue du décor datant du 19è siècle visible dans les combles de l’église

La voûte en bois en arc segmentaire couvrant l’ancien chœur médiéval peut être associée au décor formant corniche régnant initialement en partie haute des murs gouttereaux.

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Décor formant corniche décorant les parties hautes des_murs gouttereaux au début du 19è siècle

A noter la présence d’un décor présentant un motif feuillagé (18ème siècle ?) présent uniquement sur une travée et esquissant le profil d’arc.

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Gouttereaux Nord et Sud vestige d’un décor feuillagé

Les chapelles Nord intègrent des vestiges architecturaux correspondant à un ancien enfeu.
La découverte, lors du chantier de restauration, des parties basses du tombeau confirme que ce dernier est en place. La qualité de la taille de la pierre et des sculptures (bases prismatiques) confirme que nous sommes en présence d’une tombe privilégiée, un enfeu monumental sans équivalent connu dans le département du Cantal.

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Vue générale des parties basses du tombeau découvertes fortuitement

Un enfeu monumental d’une grande qualité

L’accès actuel à la chapelle Nord-Ouest s’effectue au travers de l’ancien enfeu dont seul avait été conservées visibles les parties supérieures et les jambages.

L’observation des parties inférieures du tombeau découvertes lors du chantier de restauration, associée aux vestiges conservés en élévation mais dégagés des différents enduits et joints ciment dissimulant tout ou partie des moulures et/ou des arrachements, permettent d’esquisser les dispositions d’origine.
Il s’agit d’un tombeau mural ayant la particularité d’être traversant.

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Photographie prise depuis l’intérieur de l’enfeu et présentant le mur Est

Il est possible de distinguer dans la partie supérieure, à gauche la colonnette subsistante des lancettes, et à droite la retombée de l’arc mouluré. Les deux éléments prennent appuis sur une pierre horizontale moulurée ayant pu servir de support à un groupe sculpté.
En partie basse la présence de sillons horizontaux pourrait marquer l’emplacement de la dalle de couvrement du caveau (couvercle du sarcophage) sur laquelle a pu être positionné un gisant.

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Vue de l’arc mouluré arrière et vue des dalles de couvrement de l’enfeu. En arrière plan les parties hautes des lancettes trilobées

La partie basse de l’enfeu, côté nef (les bases du revers du tombeau n’étant pas dégagées) présente un socle constitué d’une suite de pierres de taille moulurées associées à des bases de colonnettes prismatiques. De ces dernières ne subsistent que celles situées à l’Est, les autres ayant été buchées (seul leur arrachement permet de restituer leur emplacement).
Sur le socle prenaient place les dalles latérales fermant le caveau et formant sarcophage. La face latérale du sarcophage était vraisemblablement subdivisée en 4 panneaux pleins. Le couvercle du sarcophage a pu supporter un gisant.
Au dessus du couvercle du sarcophage, les jambages de l’enfeu conservent les traces d’un second registre, vestige possible d’un élément ajouré.
L’enfeu était fermé côté nef par une série de colonnettes formant des lancettes trilobées dont subsistent les colonnettes latérales et les arcs trilobés. En partie supérieure du tombeau se développe une frise de fleurs de lys.

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Enfeu état avant restauration

L’arc mouluré situé à l’arrière du tombeau permettait d’ouvrir ce dernier sur une salle adossée au mur gouttereau Nord de l’église. Il pourrait s’agir d’une chapelle funéraire.
L’enfeu devait permettre de donner à voir l’église depuis la chapelle funéraire, le remplage constitué des lancettes trilobées devait former clairevoie.
De la chapelle funéraire ne semble subsister qu’une partie du mur Est et un massif de maçonnerie dégagé lors du chantier de restauration et situé à l’arrière du tombeau. Le massif pourrait correspondre à un ancien pilier ayant pu soutenir un arc doubleau. A noter la présence de décors superposés dont peut-être les vestiges d’une ancienne litre funéraire.
La chapelle funéraire a pu posséder deux travées (voûtées ?). Ses dimensions devaient être nettement plus vastes que les deux chapelles Nord actuelles construites pour partie sur les ruines de cette dernière.

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Massif de pierre situé à l’articulation entre les 2 chapelles Nord actuelles. A noter les traces de badigeons

La découverte fortuite d’un sol en dalles de pierre parfaitement ajustées, et de grande qualité, à l’extérieur des chapelles Nord actuelles tend à confirmer que la chapelle funéraire possédait des dimensions importantes.

A l’Est de l’enfeu se devinent les vestiges d’un jambage mouluré avec départ d’un arc. La découverte du socle mouluré atteste que cet élément est en relation directe avec l’enfeu. La présence d’un seuil amène à penser qu’il pourrait s’agir d’une ancienne porte, peut-être celle faisant communiquer la chapelle funéraire avec l’église.

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Possible jambage d’une ancienne porte
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Détail du socle commun enfeu-porte et présence possible d’un seuil
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Chapiteau mouluré du jambage de la possible porte donnant accès à la chapelle funéraire et détail d’un des chapiteaux de l’enfeu
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Jambage de la possible porte et départ d’un arc

A gauche du jambage il est possible d’identifier l’arrachement d’un élément mouluré dont ne subsiste que la base prismatique (de dimension supérieure à celles ornant le socle de l’enfeu). Il pourrait s’agir d’un ancien pinacle flanquant la porte.

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Base prismatique et élément buche pouvant correspondre à un ancien pinacle. A gauche vestige d’une partie du sarcophage

Les éléments d’architecture amènent à penser que le tombeau pourrait être attribué à la fin du 14ème siècle voire au début du 15ème siècle.

En marge des découvertes liées au tombeau il à noter la découverte d’une litre funéraire au droit du linteau de l’enfeu, sur le mur gouttereau Nord de la nef.

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Litre funéraire découverte lors de la restauration du décor 19éme

Le département du Cantal conserve plusieurs enfeus formant niche (Tournemire, Laroquebrou, Sansac-Veinazès, Notre-Dame-des-Neiges à Aurillac …). Cependant le monument de Yolet fait office d’exception, tant par ses dimensions, la qualité de ses sculptures mais aussi par le fait qu’il s’agit d’un tombeau mural traversant formant clairevoie.
Il s’agit de toute évidence d’une commande importante liée à un personnage influent.

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Hypothèse de restitution de l’enfeu de Yolet. En grisé les hypothèses de restitution

En grisé les hypothèses de restitution.
Une comparaison peut être faite avec trois autres monuments funéraires :

- Le tombeau de Raynaud de la Porte, évêque de Limoges conservé à la cathédrale de Limoges. Le monument, construit entre les colonnes du déambulatoire, est traversant. A noter la présence de groupes sculptés reposant sur des bandeaux moulurés et la présence d’un second registre constitué d’un drapé replié par des anges.

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Monument funéraire conservé dans la cathédrale de Limoges. Photographie issue de la base Merimée


- Les vestiges d’un tombeau conservé dans une des chapelles de la cathédrale de Saint-Brieuc. Tombeau intégré à l’ancienne clôture mais dont les élévations ont disparu.

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Base du monument funéraire conservé dans la cathédrale de St Brieuc


- Mais le monument avec lequel le tombeau de Yolet entretient le plus de similitudes reste le monument funéraire présumé de Guilhem Arnaud, baron d’Andoins mort en 1301, visible dans l’église de l’ancienne commanderie de Caubin située sur la commune d’Arthez-de-Béarn (Pyrénées-Orientales).

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Monument funéraire présumé de Guilhem Arnaud Ancienne commanderie de Caubin Arthez de Bearn Photographies issues de sites Internet

Photographies :
http://www.coeurdebearn.com/IMG/jpg/chapelle_de_caubin_arthez_de_bearn_gisant.jpg
http://santiago2013.over-blog.com/j87-mercredi-26-juin-2013}
Il est à noter que le tombeau de Guilhem Armand est lié à une ancienne commanderie, « la sépulture se trouvait primitivement dans une dépendance de la commanderie adossée à l’église »1.

La présence d’une chapelle privilégiée adossée au mur Nord de l’église pose la question de la localisation de l’ancien château de Yolet, édifice connu par les textes mais aujourd’hui non localisé.
L’hypothèse d’une implantation au Nord de l’église, sur la terrasse artificielle adossée à l’église n’est pas à exclure. Le sol de la terrasse semble remblayé et l’ancien cimetière se développait au Sud de l’église. Auquel cas l’église de Yolet pourrait être l’ancienne chapelle castrale et l’ancienne chapelle funéraire un élément constitutif de l’ancien château.

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Hypothèse de restitution de l’église de Yolet à la fin du moyen-age-En grisé les hypothèses de restitution

La nef devant simplement être couverte d’un plafond bois.
En grisé les hypothèses de restitution.

Nota : les propositions de restitution ont été réalisées d’après les photographies et d’après les déductions faites sur site. Il s’agit d’hypothèses nécessitant d’être réinterrogées au regard d’une analyse critique des fonds d’archives et sur la base d’une étude archéologique du bâti. Le présent article est à voir comme étant un plébiscite pour poursuivre les recherches.

 
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